Un jour de travail, Un dessin moche sur Paint
23 Septembre 2017

Tout est vraiment mieux.
On ne risque plus grand-chose aujourd'hui. Pas comme avant. Du temps de nos pères.
Mon père est mort d'une maladie qui n'existe plus. Tout vas beaucoup mieux maintenant.
Les rues sont plus sûres, les chiens ne pissent plus dans les ruelles étroites.
Le ciel est d'un bleu incomparable et nous éteignons les lumières de la ville la nuit pour voir briller les étoiles dans le ciel. Et le reflet bleu de nos colonies. Interstellaires.
Tout est vraiment mieux.
Nous avons dompté les tempêtes, et les ouragans et les animaux ne parlent plus à
l'arrière de nos têtes.
Nous faisons pleuvoir sur les champs de blé et la mer scintille toujours près du soleil.
Tout vas mieux.
Nous n'avons plus peur de Dieu.
Nous sommes sans oracle.
Les songes ne mentent plus derrière un buisson ardent.
Nous avons vidé les cieux des navires de nos chimères. Il n'y passe plus que des navettes. Supersoniques.
Nous avons extrait la nuit qui se cache dans nos têtes et nous l'avons crachée quelque part. Dans une abysse au fond de la mer où se reproduisent des poissons hideux qui ne voient jamais la lumière du jour.
Tout est vraiment mieux.
Nous n'avons plus peur. Ni de nous. Ni du monde. Ni de rien.
Nous avons détruit les refuges et les orphelinats.
Nous avons remplacé les hôpitaux par des bibliothèques.
Tout est vraiment mieux.
Les hommes ne se saoulent plus dans la nuit des bars.
Nous n'avons plus besoin de tromper notre ennuie.
Ni de nous repaître du silence de nos solitudes face au bruit des hommes.
Les hommes se sont tus. Pour laisser la place aux chants des machines.
Nous n'avons plus besoin de fuir hors de la vie. Car la vie est partout maintenant.
Tout est vraiment mieux.
Nous n'avons plus besoin du regard compatissant des bêtes. Les chiens ne nous émeuvent plus et nous n'avons que faire de la fierté d'un chat.
Nous avons des robots,
Et ces robots nous aiment,
Comme Dieu ne l'a jamais pu,
Comme nos parents ne l'ont jamais fait,
Comme nos femmes nous l'ont fait croire un jour,
Avant qu'on se retrouve replié comme un con dans le recoin de notre cuisine, à pleurer pour rien.
Comme un enfant.
Non. Tout est vraiment mieux maintenant.
Nous avons amputé les ombres qui s'échappaient de nos inconscients et nous avons inventé un nouveau langage. Sans parole. Sans mots. Sans rien qui puisse jamais nous trahir à la face du monde.
Nous ne sommes plus percutés par nos ténèbres comme des animaux en transition sur le bord de la route.
Nos pulsions ont cessé de nous dynamiter vers un énième ciel trompeur.
Les chiens n'errent plus dans le désordre de nos désirs.
Nous n'avons ni terreur à ouvrir, ni poésie à délivrer.
Nous n'avons ni doute ni mémoire. Ni sexe ni démons.
Les démons dansent seul dans une église abandonnée. On y chante des cantiques profanes pour des Dieux oubliés. Mais personne n'écoute.
Parce que tout est vraiment mieux maintenant.
Ce n'est pas comme il y a quelque années. Quand j'ai failli mourir.
Ce n'est plus possible maintenant.
Nos consciences sont sauvegardées quelque part au cas où il se passerait quelque chose. Mais rien ne se passe.
Parce que tout est vraiment mieux.
J'ai percuté un cerf avec ma voiture.
Elle n'avait pas d'airbag ni de direction assistée.
C'était une vieille voiture que j'aimais beaucoup. Il n'en existe plus maintenant.
J'ai traversé la vitre par dessus les morceaux d'animaux encastrés dans la calandre et j'ai cru que c'était la fin. J'étais terrorisé.
Ce sont des choses qui ne se passe plus aujourd'hui.
Les animaux sont dans des réserves et l'on n'entend plus leur cris sauvage déchirer les forêts. On s'y promène en famille le dimanche. C'est mieux ainsi.
Je suis resté neuf ans dans le coma.
Des robots m'ont remis sur pied. Les hommes n'auraient pas pu. De mon temps.
Je serais resté dans le chaos.
Tout est vraiment mieux maintenant. Oui.
Je suis vivant. Grâce à eux.
Dans un monde dans lequel je ne veux pas vivre.
Mais tout est vraiment mieux maintenant. Non ?
Dites le moi.
Je vous en supplie.
Que quelqu'un me réponde.
Lux A -