Un jour de travail, Un dessin moche sur Paint
3 Juin 2014
Il était tard, et j'avais de nouveau fais la route vers nul part.
J'avais laissé un être cher, à demi nue, sur le bas côté qui borde ma névrose, et j'avais repris la route à vive allure, pour partir loin de moi.
Cela faisait des heures maintenant que je roulais sans autre but que de m'ouvrir le crane et de vider son magma rance dans la fosse commune de la folie,
J'étais en train de me rhabiller avec les quelques fragments de morale qui masquaient le gouffre de ma banquette arrière lorsque un oiseau percuta ma voiture en plein vol.
Il s'écrasa en un amas de chair flasque sur les fêlures de mon pare brise.
Je n’eus pas la force d'activer le lave vitre, et à vrai dire ma tête était en morceaux.
Alors je laissais à son tour ma voiture sur le bas côté et je me mis à marcher. Seul. Dans le noir.
J'avais tirer au revolver les pages de mon carnet intime, sauf une que je tenais du bout de ma main tremblante.
Je la serrais fort sur le chemin qui se dessinait dans l'obscurité.
La vie m'avait porté près d'un lac. De nouveau.
Je m'étais assis car ma tête était pleine d'idées brisés qui se reflétaient tant bien que mal sur la surface calme de l'eau.
J'essayais de me détendre. "Mes pensées ont fanées...".
Je sifflotais un air débile, adossé contre un arbre, pour ne plus écouter le rire moqueur du disque rayé qui résonnait en moi.
Un bruit sourd me fit sortir de mon calvaire.
Je regardais l'horizon mais ne vit rien d'autre que le silence troublant du monde.
Le monde pouvait s'éteindre dix fois, et renaitre dans le chant d'un oiseau. Quelle importance ?
Alors, à mon tour, je me laissais tomber. Contre le tronc dur d'un arbre. Dans le chaos.
Lorsque j'eus la force d'ouvrir les yeux, je vis une jeune fille en fleur sortir du lac, de l'écume accroché dans les nerfs de sa robe.
Elle s'approcha de moi et cueillit une rose rouge sur la fleur de ma peau.
" Elles sent bon".
Elle avait un visage fin, et je vis un océan dans le fond de ses yeux. Je ne saurais dire pourquoi, mais quelque chose me troubla dans les traits de sa trogne
"- Qu'est ce que vous tenez dans la main ?
- C'est un dessin. Je l'ai sauvé du grand incendie.
- Qu'est ce que ça représente ?
- Une sorte de monstre au cheveux blond avec un visage dans le dos.
- Pourquoi avoir sauvé ça ?
- Je ne sais pas...
Pour la première fois dans cette étrange nuit, je me sentit con... Profondément con. Vaincu je balbutiais la branche sur laquelle j'étais assis :
" - Il y a aussi des chanteurs au dessus de ses trois nichons...
- Qu'est ce qu'ils chantent ?
- Comment ça ?
- Quel mélodie ?
- Je ne sais pas. On dirait un boys band de vieux has been.
- J'aimerai bien entendre ça.
- Je suis sur que vous ne voudriez pas."
Elle se mit à rire, sincèrement, et moi je serrais les poings. Il y avait quelque chose de plus en plus étrange dans les reflets bleus qui bordait la nuit. Son visage commençait à s’affaisser, une entaille profonde se dessinait sur le haut de son crane.
" Qu'est ce que ça veut dire Lux Anima ?
-Lux c'est la lumière. Anima... C'est un concept Jungien... ça représente la part féminine. Celle qui se cache dans nos abysses. Votre visage est en train de tomber...
- Est ce que l'on peut être autre chose qu'une contradiction ?
- Pardon ?
- Peut on n'être qu'une chose et son contraire ? Dans le même temps ? A chaque seconde ?
- Vous n'êtes pas une chose...
- Vous êtes en colère ?
- Oui... Je ne comprends pas pourquoi ils veulent quitter ce monde, ni quelle joie ils trouvent dans l'agonie d'une illusion.
Enfin si...
Je les comprends trop bien... Et ça me dérange qu'ils quittent la bataille.
J'ai l'impression d'être le capitaine d'un navire en friche, et que je ne peux rien faire contre mon propre naufrage.
- Il y a une colombe écrasée contre l'un de vos remparts.
- C'est l'accident de tout à l'heure.
- Je ne pense pas. Je crois que c'est votre morale".
Son visage était tombé. Il pendouillait grassement d'un deux côtés de sa fêlure. Je ne pus le cacher longtemps. Mes yeux n'ont jamais su mentir.
" Comment est ce que vous me voyez ?
- Je me demande quel est mon vrai visage....
On m'a donné tellement de regard différent.
- J'ai un miroir qui hurle dans le creux de mon ventre vous voulez voir ?
- Je vous voie scindée en deux...".
Elle parut soudain triste et désespéré.
" - Je n'étais qu'un môme tu sais.
J'avais peur du soleil.
De devenir aveugle.
- Depuis l'éclipse ?
- Ils en ont parlé dans les journaux,
Chaque jour il y avait un aveugle de plus.
- Je te promets que nous ne verrons pas le jour se lever
Demain n'existe pas"
Elle me tendit un cutter rouge, le même qui avait découpé son visage. Je le pris dans mes mains tremblante et remarquais le sang qui les souillait.
Quel est le poids de mon amour ?
La vie n'avait été alors qu'une excuse pour moi. J'avais rendu mon cœur dans ma rancœur, et n'avais plus de assez formes pour me condamner.
Elle enleva sa robe et je vis mon visage éclaté se refléter dans son ventre. Il ne portait pas de futur, juste un passé clos. Je compris alors.
Je jetais au loin le cutter, dans le pétrole du lac, et je la pris dans mes bras.
Une larme coulait lentement le long de mes joues.
J'étais libre.
Tendrement,
Lux
.